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MARS2
Par Bruno DUCHEMIN, Secrétaire Général
es périodes préélectorales sont propices aux attaques en tout genre, fortement médiatisées, contre les résistants à la marchandisation, au dumping social, à la destruction des savoir-faire et des équilibres sociaux. Parmi eux les cheminots constituent un gibier de choix. Un arrêt soi-disant oublié dans une gare TGV (on s’apercevra ensuite que la fiche train ne le mentionnait pas), un rapport de la cour des comptes instruisant à charge ; contre les temps de travail des conducteurs (on compare avec ceux du privé mais sans donner les chiffres du privé !) ; contre les facilités de circulation accordées aux cheminots (on donne volontairement le chiffre des possibilités mais pas celui des réalisées, 5 fois inférieur !), et toute la France est invitée à débattre, et surtout à critiquer, cette corporation qui, par sa capacité de nuisance et d’expression, constitue encore un (dernier ?) contre pouvoir, pourtant nécessaire dans notre république comme dans toute démocratie.
L’ensemble des français n’a pas suivi la voie du lynchage pourtant tracée par des politiques et relayée par certains media avides de sensationnel. La plupart des interrogés – aujourd’hui l’opinion de la France se définit par quelques interviews télévisées de citoyens rencontrés sur des quais de gare (???) – n’ont pas dénigré les cheminots. Certains les ont même soutenus. Merci à eux !
La ficelle était tout de même un peu grosse, il est vrai, à quelques semaines des élections régionales. La dénonciation des facilités de circulation des cheminots, présentées comme un avantage exorbitant par des politiques, soit environ un voyage par an en moyenne par agent, aurait de quoi faire sourire si le contexte et la méthode utilisés n’appelaient à la vigilance. La stigmatisation d’une minorité, la dénonciation calomnieuse d’une population, pour servir des fins politiques, n’ont rien de glorieux, elles ont déjà été utilisées dans le passé. Les facilités de circulation sont un élément du contrat social des cheminots. Retirer cet élément déséquilibrerait fortement ce contrat et la FGAAC/CFDT ne l’acceptera pas.
Rappelons au passage que cet élément du contrat social est financé par l’entreprise, l’employeur donc. Or, d’autres employeurs offrent des avantages sociaux –et c’est une très bonne chose !— à leurs salariés. Avantages qui n’ont rien à envier à ceux des cheminots. Les bonus des traders en sont une parfaite illustration ! Les retraites chapeaux des dirigeants qui partent en retraite sans perdre de leur rémunération, astronomique pour le commun des cheminots, en est une autre ! Pour les parlementaires, la gratuité des transports est totale : il bénéficient d’une carte de première classe entièrement financée, elle, par…nos impôts. Ce qui leur permet évidemment de nous critiquer et de dénoncer nos prétendus avantages !
Plus sérieusement, la réflexion que nous devons mener aujourd’hui porte davantage sur l’extension d’avantages sociaux existants dans l’EPIC et de reconnaissance de la pénibilité des métiers du ferroviaire, à l’ensemble de la branche. Quelles différences de traitement au sein du secteur ferroviaire !
Entre les cheminots au statut, les cheminots du groupe SNCF, les cheminots du secteur privé « nouveaux entrants », les disparités sociales sont énormes et poseront fatalement à terme, à l’ensemble des acteurs, y compris les plus ardents défenseurs de la concurrence, un problème insoluble.
Il faut remettre de l’ordre dans ce secteur. Non !!! Le modèle économique et social n’est pas celui utilisé par les privés !!! Leur piteuse prestation aujourd’hui dans ces deux domaines, économique et social, nous sert aisément de démonstration.
Au titre des coups, portés aux Agents de Conduite en particulier, la dénonciation par voie de justice obtenue sous l’action de 3 organisations syndicales, de l’accord sur les bonifications traction pour les embauchés après 2009, n’est pas un des moindres. On peut trouver toute sorte de justification et en particulier déclarer qu’on n’est pas d’accord avec un système, pourtant unique et envié dans le monde du travail, mais force est de constater qu’aujourd’hui cette dénonciation risque de créer le vide : il ne resterait rien pour ces Agents de Conduite !!!
Rien, c’est bien peu, et c’est faire prendre un très gros risque aux futures générations que d’oser retenter la négociation en repartant de zéro dans le contexte actuel de déficits en tous genres ! Si l’objectif est d’obtenir moins bien, et de faire le jeu de la Direction de l’Entreprise qui n’en demandait pas tant, on ne s’y prendrait pas autrement ! Comment faisons-nous aujourd’hui pour tenter d’étendre un droit, la reconnaissance de la pénibilité des Agents de Conduite, à toutes les entreprises ferroviaires, alors que cette reconnaissance vient d’être implicitement niée à la SNCF ?
Les attaques contre les cheminots sont légions aujourd’hui. Demain, elles ne cesseront pas car nombreux sont ceux qui voudraient briser notre contrat social pour imposer leur modèle selon leurs critères, leurs idéologies, leurs dogmes égalitaristes ou ultralibéraux, tous extrémistes, qui ne sont pas les nôtres. Ces attaques ne vont pas diminuer au fil de la mise en concurrence, elles vont se poursuivre et s’amplifier. Pour deux raisons : la mise en concurrence des marchés du Voyageurs aiguise déjà les appétits et l’extrémisme a déjà fait la preuve de son inefficacité. Ce sont les personnels qui risquent de se trouver ballottés dans le chaos qui s’approche, au gré des gains ou des pertes d’appels d’offres.
MANIFESTATION EUROPEENNE 13/11/2008
Il nous faut dès aujourd’hui nous préparer, organiser la réponse aux attaques. Pour cela la FGAAC et la CFDT ajoutent à la résistance organisée par les DCI et les grèves une véritable réflexion sur un programme d’avenir.
Exemple pour les agents de Conduite : les notations. Il ne s’agit pas seulement de faire grève pour obtenir des contingents supplémentaires, mais en plus de réfléchir aux parcours professionnels et aux déroulements de carrière des ADC dans le contexte de concurrence, dans le groupe SNCF et dans le secteur ferroviaire en général.
Autre exemple, la portabilité des droits qui devient une extension des droits dans le secteur privé si on l’utilise judicieusement. Exemple, la négociation menée par la FGAAC/CFDT pour les conducteurs utilisés par la filiale Eurostar : les personnels conservent leurs droits, leur statut, et la filiale applique le RH 0077. La démonstration que nous allons faire c’est que ça marche, y compris dans une filiale, avec le statut et le RH0077. Et ça, ce n’est pas rien !
Nouvelle démonstration que le coût du conducteur n’est pas prohibitif. Ce sont les frais de structure, le coût des « Maîtres Fromagers » (voire article en dernière page du numéro précédent), qui pèsent sur notre productivité.
La FGAAC apporte de nombreux éléments à notre réflexion.
Parmi eux : une Traction Autonome et l’extension des droits de l’EPIC à l’ensemble du secteur ferroviaire, afin que les règles soient les mêmes pour tous. Sans cette réflexion, il n’y aura simplement pas d’avenir.
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